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Album de la semaine 01: Sixto Rodriguez – Cold Fact (1970) et Détroit

Bon après un léger contre temps, je reprends en main ce blog et présente ce qui aurait du être le deuxième  « Album coup de cœur de la semaine »: Cold Fact de Sixto Rodriguez.

Après avoir  exploré les plages de sable fin de Rio en 1967, Le MilkyWay Express nous transporte cette fois à Détroit; ville que nous dépeint Sixto Rodriguez. Essayons tout d’abord de mieux comprendre les changements majeurs qu’a connu cette ville.

1900-1940: L’Amérique roule en Détroit

Fondée au XVIIIe siècle par un Français Antoine de Lamothe-Cadillac, Détroit que l’on nomme également Motor town (Mo’town) est depuis le début du XXe siècle la grande ville industrielle du Michigan et le berceau de l’automobile américain: Ford, Cadillac, Pontiac, Durant, Chrysler etc… Industrieuse, fière et aussi jalouse de sa voisine Chicago la ville se dote des premiers buildings de style baroque, et rayonne dans le nord étasunien.  Entre 1910 et 1930 la ville passe de 460 000 à 1 600 000 habitants, les usines trop grandes pour rester dans le centre ville et déménagent en petite couronne. Jusque dans les années 1940 des blancs et des noirs viennent du sud des États unis chercher du travail. Jusqu’ici tout allait bien, le secteur automobile était florissant et le début de la 2nd guerre mondiale avait remis l’industrie américaine en route après la longue crise économique des années 30.

A partir de 1940: Détroit: Un moteur à explosion (pas terrible je sais…)

La généreuse Motown accueillait blancs comme noirs dans ses usines, mais cette politique du « color Blind » passait très mal auprès des ouvriers blancs sudistes qui bientôt organisèrent une nouvelle ségrégation sur leur lieu de travail et plus tard à l’échelle de la ville. On voyait dès lors s’opérer une ségrégation géographique, la croissance très rapide de la ville avait sinistré le centre ville qui se transforma en ghetto noir surpeuplé, les blancs quand à eux plus favorisé socialement s’installèrent dans des quartiers neufs de la petite périphérie. Pendant ce temps ce qui n’était que des tensions raciales dans les années 30 se transforment en affrontements violents. Ainsi, on voyait des bandes blanches (souvent liées au Black Legion ou au Ku Klux Klan) organiser des ratonnades dans les quartiers noirs et des bandes noirs ripostant tout aussi violemment. Ces tensions racial ne furent qu’exacerbées par le comportement de la police de Détroit pratiquant une politique injuste et brutale envers les afro américains.

De même, lorsque que le gouvernement américain en 1941 décréta la construction d’usines devant soutenir l’effort de guerre, un premier avis donner par une commission de la ville de Détroit fut de construire une usine sur un quartier blanc et l’autre dans un quartier noir, mais dans un second temps le gouvernement fédéral décida en fin de compte de construire les deux sur des quartiers blancs. Pourtant ouvriers blanc et noir devront cohabiter et après de long mois de tensions, en 1943 une très violente émeute raciale
mettra le feu à la ville.


Cette même année  John Lee Hooker chante The Motor City Is Burning.

Après la 2nd guerre mondiale, sous Eisenhower, le pays connait un Boom économique et l’on construit des autoroutes sur l’ensemble du territoire, la voiture est reine. Alors que l’on pourrait penser que Détroit connaitrait un nouveau développement, c’est tout le contraire qui se passa. Depuis la fin des années 40 Motown se vide de ses habitants. La raison de tout cela est que les usines d’armement gouvernementales ferment après la guerre et que les constructeurs automobiles mécanisent leurs fabriques.

Constat: La demande de main d’œuvre non qualifiée s’écroule et les noirs de Détroit s’enfoncent dans la pauvreté. Au même moment, grâce aux nouvelles autoroutes, ouvriers qualifiés et cadres de la ville fuient encore plus loin le centre pour un environnement plus vert en grande banlieue. L’écart entre noir et blanc n’a jamais été aussi grand qu’à cette époque, la ville est sur le point d’exploser une nouvelle fois.

1965, émeute de Watts (Los Angeles), 1966, Chicago et Cleveland connaissent elles aussi des émeutes,  1967 Newark, puis Détroit. Encore une fois la police mène une répression ciblée et brutale contre les populations noirs, qui cette fois ci se révoltent et font plonger la ville dans le chaos. Résultat: des dizaines de morts et pas loin de 1000 personnes blessées.


Et notre ami Sixto dans tout ca…

C’est dans cette ville bien particulière que Sixto rodriguez sortira son album Cold Fact en 1970.  Né en 1942, dans une famille d’origine mexicaine arrivée à Détroit dans les années 20, il grandit dans le centre ville de détroit où il est témoins des tumultes de cette cité. Aussi, depuis 1967 il entame une tournée dans les bars de la ville où il chante à la manière d’un Woody Guthrie, d’un Seeger ou d’un Ochs, la vie quotidienne du prolétariat américain,  la ségrégation, le blues du centres ville à l’américaine, son insécurité, sa précarité, sa morosité. Sixto nous montre tous les travers de cette Amérique qui souffre au même moment où une autre jouie des 30 glorieuses.

Bon comme ca je l’avoue ca n’a pas l’air très plaisant mais il a un joli coup de gratte bien psyché et l’ensemble est vraiment très facile d’accès ! Malheureusement pour lui l’album ne marche pas il entreprend alors des études de philosophie et part enregistrer à Londres un second album Coming from reality, là encore gros flop ! Il décide alors de mettre en application toutes ses belles idées en politique, mais là aussi il devra écourter sa carrière… Sixto reprend alors son dure labeur sur les chantiers de démolition et consacre le reste de son temps à sa famille. Jusqu’au jour où en Australie vers la fin des années 70, on redécouvre sa chanson Sugar Man. Après deux tournées il retourne dans l’anonymat. Dans les années 80 et 90 sans qu’il le sache ses chansons font un tabac en Afrique du Sud et au Zimbabwe, c’est à la toute fin des années 90 qu’il apprend cela sur internet puis  part pour l’Afrique du sud entamé une tournée.

Il est amusant de constater que des Sud africains subissant l’apartheid aient pus se reconnaitre dans les paroles de Sixto. Si on peut le voir à l’occasion de la coupe du monde de football, le quotidien des sud africains noirs tend à s’améliorer, il faut admettre que celui des habitants de détroits ne suis pas le même chemin.

Détroit aujourd'hui

Johannesburg aujourd'hui

Retour sur Détroit

Depuis la crise du secteur automobile dans les années 70  jusqu’à la montée en puissance de Toyota au dépend des « Big 3 » (Ford Chrysler et  GM) fin 2008, Motown ne peut plus cacher ses démons, aujourd’hui ses imposantes tours de verres du centre ville sont démolies, laissant place à des « urban prairies », ces tours qui jadis masquaient la misère des ghettos dévoile à présent tout le drame de la société américaine actuelle.

Selon le magazine Forbes Détroit qui était en 1950 une des ville les plus riche des USA est aujourd’hui l’une des plus pauvres et est la « capitale de la criminalité ». Motor city qui dépassait les 1800 000 habitants en 1950 ne se contente plus que de ses 900 000 habitants aujourd’hui. 30% de la population vit sous le seuil de pauvreté et le taux de chômage culmine à 20%. C’est également l’une des villes les moins métissées puisque 85% de la population est afro américaine.

En 1964 Sam Cooke chantait « A change is Gonna Come » mais les différente mesures prisent par les gouvernements successifs et l’élection récente de Barack Obama n’ont finalement que peu fait changer les conditions d’existence des habitants de Détroit.

Michigan central station (Détroit) Années 1920

Michigan central station aujourd'hui

Pour écouter Sixto
Pour acheter

1. « Sugar Man » 3:45
2. « Only Good For Conversation » 2:25
3. « Crucify Your Mind » 2:30
4. « This Is Not a Song, It’s an Outburst: Or, The Establishment Blues » 2:05
5. « Hate Street Dialogue » 2:30
6. « Forget It » 1:50
7. « Inner City Blues » 3:23
8. « I Wonder » 2:30
9. « Like Janis » 2:32
10. « Gommorah (A Nursery Rhyme) » 2:20
11. « Rich Folks Hoax » 3:05
12. « Jane S. Piddy »

Quelques extraits:


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